Intérêt public ou harcèlement?

Il ne se passe une semaine (ou plutôt devrais-je dire, un jour) sans que Pierre-Karl Péladeau ne fasse parler de lui. Parfois pour les bonnes, parfois pour les mauvaises raisons.

Depuis hier, c’est sa sortie contre La Presse et certains de ses journalistes, qu’il accuse de harcèlement à son endroit et à celui des donateurs à sa campagne de leadership, qui retient l’attention.

Le fait qu’un ou des journalistes des compétiteurs de son Journal de Montréal s’intéresse à qui lui a fait un don, des informations publiques, le pousse même à envisager de porter plainte contre le quotidien montréalais au Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Tout ça parce qu’il estime, selon Le Devoir, que cette forme « d’intimidation » influence la course à la chefferie du Parti québécois, en ce sens où le dévoilement des donateurs à travers un reportage pourrait en décourager d’autres de faire un don à leur tour.

Par ailleurs, en dénonçant la situation sur sa page Facebook, le député a publié les contributions de certains membres de la famille Desmarais, propriétaire des quotidiens Gesca dont La Presse, au Parti Libéral du Québec. Il semble sous-entendre par là que le reportage en question est une attaque politique en règle pilotée par ses adversaires.

Rappelons également que le candidat  s’était déjà emporté quand un journaliste de La Presse l’avait appelé sur son téléphone cellulaire. Une pratique à laquelle s’adonnent pourtant les journalistes de son propre empire.

Alors, harcèlement ou pas?

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a publié un court texte dans laquelle elle rappelle que les donateurs contactés ont le droit de refuser de répondre aux questions des journalistes, comme toute autre source et que comme la liste des donateurs est rendue publique par le DGEQ, pour éviter de nouveaux cas de financement occulte, ces informations peuvent se retrouver dans un reportage. À ce sujet, la présidente de la FPJQ, Lise Millette, a accordé une entrevue sur les ondes du 93,3 FM. Elle indique par ailleurs que le Huffington Post avait, quelque temps auparavant, réalisé un reportage similaire à celui de La Presse.

La Fédération rappelle aussi que toutes les plaintes en lien avec le travail des journalistes sont généralement transmises au Conseil de Presse du Québec.

À La Presse, on semble avoir trouvé bien comique la sortie de M. Péladeau, en affirmant que les journalistes ne font que leur travail.

M. Péladeau a-t-il raison de craindre que la publicité des donateurs ne décourage certains de l’encourager financièrement? Peut-être. On peut comprendre que les donateurs n’aient pas envie de se justifier, mais il s’agit là d’un choix personnel. Un don à une campagne politique est un endossement; les donateurs n’ont qu’a assumer leur choix et n’ont pas à donner d’explication à quiconque. Mais de se faire poser une question ne constitue pas du harcèlement.

Dans le cas qui nous intéresse, tout semble donc être une question de dosage.

Tout d’abord, les informations servant de base au reportage de La Presse sont, comme il a été mentionné plus haut, publiques. Il n’y a donc aucun mal à les utiliser, et M. Péladeau a fait de même en divulguant les dons de Mme Desmarais.

Ensuite, le harcèlement pourrait survenir si un journaliste continue de solliciter une source qui lui a explicitement fait part de son refus de répondre à ses questions.  Ça ne semble pas le cas, à moins de preuve du contraire.

Je suppose donc que M. Péladeau veut parler davantage d’acharnement que de harcèlement. Or, en déposant sa candidature pour diriger son parti, et même avant, en briguant la circonscription qu’il représente maintenant, M. Péladeau faisait le choix de devenir une personnalité publique qui serait scrutée par les médias.

Il est donc tout à fait normal que les journalistes, tous médias confondus, s’intéressent à ses activités, comme ils s’intéressent à celles des autres candidats. Et comme homme politique, M. Péladeau est un exemple très intéressant, c’est pourquoi il génère beaucoup d’attention.

Dans le cas de ses donateurs, les médias s’y sont penchés parce qu’il a – de loin – amassé beaucoup plus d’argent que ses adversaires. Il serait loin derrière que je suis convaincue que des journalistes se seraient intéressés aux donateurs du candidat ayant amassé le plus de dons.

On l’a dit maintes et maintes fois: la relation entre les élus et les médias est pareille à un mariage. C’est pour le meilleur ET pour le pire. On ne peut donc pas forcer les journalistes à faire fi de nouvelles et d’informations qui projettent une image négative à notre endroit ou qui ne nous plaisent tout simplement pas. C’est tout ou rien.

Comme patron de presse, PKP le sait très bien, mais ça ne semble pas faire son affaire. C’est malheureux, mais il doit faire avec.

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