En direct du congrès: Lettre à Geoffré

Salut Geoffré,

Jusqu’à hier matin, on ne se connaissait pas. J’ignorais tout de ton existence, comme bon nombre de journalistes qui se trouvaient au congrès de la FPJQ le temps d’un week-end.

Le « monde » t’a découvert pendant un panel portant sur le fameux spin. Quelle ironie.

Tu es venu interroger les membres sur les réalités en région. Par la bande, tu nous a dit que si tu posais trop de questions qui dérogeaient des communiqués que t’envoie l’équipe de ta députée, qu’on s’avérerait moins généreux en entrevue.

À peine une dizaine de minutes après être aller te serrer la main, pour t’offrir mon soutien et pour te féliciter de ton courage, tu es devenu malgré toi le symbole d’une réalité qui, malheureusement, existe toujours en région. Le rapport de force entre journalistes et sources, particulièrement politique, n’est pas toujours à armes égales.

J’étais tout juste à côté de toi quand ton patron t’a appelé, furieux de s’être (probablement) fait enguirlander par la députée ou son attaché politique, tout simplement parce que des journalistes présents au congrès ont tweeté ta déclaration, parfois d’une manière plus juste que d’autres.

Je l’ai entendu te dire de ne plus faire d’intervention et de garder le silence pour le reste de la journée. Je l’ai entendu te rendre un jugement sans appel, mais surtout sans te laisser la chance de t’expliquer. Je l’ai entendu croire la députée plus que toi, son employé.  Je l’ai entendu te retirer certains mandats, te laissant penser que tu venais de perdre ton emploi.

Tu t’es tenu debout. Tu avais peur, c’est normal. Cette peur, je l’ai déjà vécue. Je l’ai aussi vu dans les yeux de plusieurs journalistes en région qui, disposant de peu de moyens, doivent composer avec une réalité qui rend la pratique d’un journalisme d’excellence difficile. Les pressions existent, bien que certains le nient.

Mais malgré cela, tu t’es tenu debout. Je suis fière de toi, Geoffré.

J’étais encore plus atterrée quand j’ai vu que ton patron, sans même te donner la parole, s’est publiquement dissocié de tes propos en présentant des excuses formelles à la députée et son équipe. Un message qui a par la suite été retiré des médias sociaux. Était-ce par gros bon sens ou à la suite de l’indignation et de la pression populaire qui s’est propagée rapidement quand tous les journalistes ont eu vent de ton histoire? Permets-moi d’avoir ma petite idée là-dessus.

Tu n’avais fait que poser une question, question à laquelle s’était greffé un contexte qui dénonçait ce que trop de journalistes hors des grands centres connaissent. Que oui, des gens profitent du peu de ressources et de moyens des médias régionaux pour imposer leur volonté.

Comme plusieurs, j’ai lu les Tweets de la députée, qui annonçait que ton patron allait réagir. On parlait de spin plus tôt. Elle a joué à la relationniste pour ton patron. Elle a « spinné » la situation à son avantage. J’ai vu aussi qu’elle se défendait en rapportant tes propos, alors que tu ne lui as pas parlé et que tu ne t’étais toi-même pas exprimé sur les réseaux sociaux, signe qu’elle a effectivement appelé ton patron.

Cette élue a, par ses actes et ses mots, démontré elle-même ce que tu étais venu partager à tes  pairs.

Laisse-moi te dire quelque chose Geoffré. Je ne te connais pas beaucoup. Je ne connais pas le milieu dans lequel tu travailles. Mais un vrai bon patron de presse, ça protège son journaliste jusqu’à ce qu’il commette l’indéfendable. Ce n’est pas ton cas. Ça vérifie les faits et ça ne saute pas aux conclusions pour faire les beaux yeux à une élue.

L’indépendance de la presse, c’est fondamental. En se rangeant derrière la députée plutôt que de se porter à ta défense, ton patron a démontré que lui, ne comprenait pas ce principe.

Mais tu n’es pas seul. Ton histoire s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. C’est une belle démonstration de solidarité journalistique. C’était pour toi, cette fois-ci, Geoffré.

Parce que peu importe où on travaille, peut importe pour qui on est journaliste, nous sommes tous des bibittes semblables. On partage les mêmes valeurs, et une entrave à la liberté de presse vient nous trifouiller les tripes.

Au moment d’écrire ces lignes, ton emploi est sauvé. On ne connaît pas la suite des choses. Mais tu n’es pas seul.

Tu as des ressources. Tu traverses une tempête actuellement, mais tu passeras à travers. Parfois, l’adversité s’avère être une bénédiction.

En mon nom personnel, merci d’avoir levé le voile (une fois de plus) sur ce qui se passe réellement en région.

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3 réflexions sur “En direct du congrès: Lettre à Geoffré

  1. Steve « Journaliste » dit :

    Le propos de Geoffré Samson est celui vécu en région, dans plusieurs régions. Ce qu’il nie n’est pas d’avoir été dans l’obligation de suivre un communiqué de presse comme un « messager » et de ne pas pouvoir poser de question, ce qu’il nie, c’est d’avoir été MENACÉ. La députée Caroline Simard a été au cœur de cette controverse, car le journaliste a fait un simple lien qu’il était dans la circonscription où Pauline Marois été avant s’être fait battu par cette dernière aux dernières élections. La question s’adressait à Claude Villeneuve, anciennement dans l’équipe de Mme Marois, et demandait si M Villeneuve avait déjà nuancé un communiqué de presse afin de ne pas jouer avec « l’image » de la députée dans sa région.
    Le journaliste a nié qu’il aurait reçu des « menaces de Caroline Simard, ou de son équipe ». J’ai révisé les propos de Geoffré Samson.
    Son propos a été suivi d’un « Tweet » de Caroline Simard disant qu’elle a parlé avec la station CIHO et que les dirigeants de la radio feront une sortie.
    Le « Spin » est là. Pourquoi une députée, peut se permettre d’appeler une DG d’un média, un samedi matin… ce n’est pas un contrôle (spin) médiatique de dire que la radio va réagir?
    Le journaliste de Charlevoix a certainement eu peur pour son emploi, et, encore, j’en suis sûr. J’ai entendu qu’il avait 4 enfants à faire vivre… il demeure en région… ça réalité n’est pas évidente. Je suis sûr qu’il a peur…
    Je crois que nous devrions être derrière cet homme, et non critiquer le fait d’avoir été mal cité.
    C’est mon opinion…

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