Échos des Assises: presse quotidienne régionale, la fin de l’information de services?

En France comme au Québec, la presse régionale se cherche. Elle tente de redéfinir son rôle et son utilité face à son public. Un débat ayant fait l’objet d’un atelier dans le cadre des 11e Assises internationales du journalisme de Tours, en France.*

La presse quotidienne régionale fait face à plusieurs défis, a d’abord énuméré Cyril Petit, rédacteur en chef central du Journal du dimanche. En plus de faire face à l’émergence des médias numériques et sociaux, qui lui livrent une farouche concurrence du point de vue des contenus offerts, elle doit composer avec un lectorat vieillissant et des jeunes qui ne semblent pas s’intéresser à elle; elle doit de surcroît convaincre son public de payer pour l’information qu’elle produit et s’éloigner de l’image d’une presse institutionnalisée et désuète.

La première chose à faire, selon Guillaume Lecointre, directeur des études marketing du groupe Rossel La Voix, est de s’intéresser à son public. Autrement, argumente-t-il, comment celui-ci s’intéressera à nous? « Les lecteurs ne veulent plus d’articles sans information, sans angle, sans utilité ou prévisibles, allègue-t-il. Ils veulent savoir ce qui les touche concrètement, ils veulent des informations vérifiées et ne veulent pas d’un média qui présente le même type d’information ennuyante jour après jour. Ils veulent que leur média soit le poil à gratter du coin, qu’il suscite leur indignation morale et qu’il provoque des débats. »

Ainsi, finie l’excuse de dire qu’il ne se passe rien dans les régions pour négliger celles-ci. Les médias locaux ont le mandat de réinventer l’information régionale. Ce faisant, en zone très rurale, on doit tout traiter, même des occurrences qu’on ignorerait ailleurs, souligne Luc Bouret, un correspondant local et sportif du Berry Républicain.  Comme il n’y a qu’une poignée de petits événements qui se produisent, comme une brocante ou un salon des collectionneurs, pas le choix d’en parler. La clé, ajoute-t-il, c’est de traiter cette information différemment pour conserver l’intérêt du public.

La révolution numérique a créé une concurrence « considérable », dit M. Lecointre. Et comme la nouvelle est maintenant disponible partout, gratuitement, les gens ne sont plus prêts à payer pour l’avoir. Plusieurs ont souligné le paradoxe de la gratuité de l’information. « C’est comme si les gens passaient derrière le comptoir de la boulangerie pour prendre une baguette », illustre Géraldine Baehr, rédactrice en chef déléguée à l’Union. « Mais l’information ne peut se vendre que si elle a une valeur ajoutée », a rappelé Guillaume Lecointre.

« Il faut miser sur cette valeur ajoutée », a poursuivi Emmanuelle Pavillon, directrice départementale du quotidien La Nouvelle République en Indre-et-Loire. On pourrait traiter d’une fermeture d’usine bêtement en rapportant les faits, sans plus, illustre-t-elle. Chez elle, on y ajoute une mise en contexte, un historique, des réactions, et plus encore. « De toute façon, tout le monde a la nouvelle; qu’a-t-on de plus à offrir? C’est tout cela qui permettra à la nouvelle de vivre plusieurs vies. »

Géraldine Baehr croit aussi que la forme du média doit être au service du fond, c’est-à-dire que les plateformes peuvent être adaptées et mises de l’avant pour mettre en valeur la nouvelle, qui peut être traitée de façon inusitée pour briser la monotonie. La préparation et le choix de l’angle sont donc plus importants que jamais, souligne-t-elle. Ainsi, il ne faut pas hésiter à explorer de nouvelles avenues, à sortir des sentiers battus. « Les vieux lecteurs doivent être bousculés. Eux aussi aiment l’information de qualité », ajoute Mme Baehr.

La question de l’information de services, qui représente en France les jeux, l’horoscope, les horaires de cinéma et la météo, pour ne nommer que ceux-ci, qui devait faire l’objet du débat, a plutôt été relayée au second plan. Le tout divise les panélistes. Certains y voient un modèle dépassé, puisque cela est disponible en ligne de toute façon. D’autres ont tenté d’y renoncer, mais ont rapidement compris que ces éléments faisaient partie de l’ADN du média. Leurs lecteurs ont tôt fait de leur faire comprendre également.

*Ma participation aux Assises est possible grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

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