La Presse (imprimée): la fin d’une ère

Hier, Power Corporation (Gesca) a confirmé qu’elle abandonnerait la version imprimée du quotidien La Presse. Autre lien ici. Au Québec, on entre donc dans une nouvelle ère, où un média traditionnel n’a plus besoin d’un support traditionnel pour exister.

Dans les faits, c’est une intention dont l’entreprise ne s’est jamais vraiment cachée; du moins, pour ceux qui évoluent dans l’univers de l’information, il ne s’agit pas d’une surprise.

Avant de larguer leur édition imprimée, les dirigeants de Gesca attendaient d’atteindre un certain seuil d’abonnés à La Presse +, plateforme numérique pour tablette encore exclusive au quotidien montréalais. Gratuite, elle permet l’accès à une tonne de contenu exclusif (le temps d’une journée ou deux), à condition de posséder ladite tablette. Depuis bientôt un mois, les propriétaires d’une tablette Android peuvent eux aussi profiter de l’application, jusqu’alors réservée aux détenteurs de iPad.

Pourquoi décider de changer ses œufs de panier? Une raison bien simple, mais au cœur d’une majorité de décisions d’affaires: l’économie.

Pour un quotidien, l’impression sur papier gruge facilement plus du tiers des coûts reliés à la production du journal. C’est sans compter les économies liées à la perte d’emplois elle-même liée à l’abandon du papier: disparition de postes à la production, à l’impression, à la distribution et à la livraison. Dites adieu à votre camelot de quartier.

Or, questionné sur ce qu’il adviendrait des autres quotidiens du groupe, les « régionaux », Paul Desmarais fils y est allé de cette réponse:

Les journaux en régions comme Le Soleil à Québec subiront aussi d’importantes compressions. Outre le quotidien de la Capitale, la filiale Gesca détient Le Droit, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste et Le Quotidien.

«Que va-t-il arriver à ces quotidiens-là ? Eh bien, ils vont disparaître. Il n’y a pas de question. Il faudra qu’ils aient des discussions sérieuses en espérant trouver une façon d’intégration, peut-être à la tablette»,  a souligné M. Desmarais.

Ce dernier ne ferme pas la porte afin de vendre carrément les journaux régionaux, mais selon lui, l’opération serait difficile.

Avant de poursuivre, rappelons que l’auteure de ces lignes est directement concernée par ce passage, étant à l’emploi de La Voix de l’Est depuis un peu plus d’un an. Les propos qui suivront m’appartiennent et ne sont attribuables qu’à moi-même.

Donc, ne nous méprenons pas: La Presse + est une plateforme innovatrice et très intéressante, tant pour ses usagers que pour les annonceurs qui y ont découvert un éventail élargi de possibilités. Plusieurs fois primée, elle continue de recevoir maintes distinctions.

Oui, l’avenir des médias passera par le numérique. Il est évident qu’il faille économiser pour survivre, et quand on sait que le papier est ce qui coûte le plus cher, on souhaite s’en passer. C’est aussi une question d’être de son temps. Les journaux papiers, qui existent depuis plus de 200 ans, ne sont plus le médium le plus efficace et le plus consulté pour se renseigner. Les habitudes de consommation médiatique ont changé et il est facile de constater qu’un journal imprimé attire moins les jeunes générations.

Pour cette raison, les groupes médiatiques n’ont d’autre choix que de s’adapter et d’évoluer pour continuer à produire du contenu sans en sacrifier la qualité.

Cependant, sur le terrain, on réalise que la réalité est toute autre qu’à Montréal. En région, les jeunes n’ont effectivement pas le réflexe de lire le journal, mais la proportion d’individus équipés de la technologie nécessaire y est aussi moindre. Certains lieux ne sont même pas encore dotés d’une connexion Internet permettant la lecture d’un média format tablette.

Ainsi, le réflexe du numérique sera beaucoup plus long et ardu à adopter.

En outre, rien n’est dit sur la possibilité que la couverture de l’information régionale cesse. Même sans le papier, cette couverture pourrait continuer d’exister (heureusement!).

Il serait extrêmement dommage que les citoyens des régions perdent leurs quotidiens, eux qui ne se retrouvent pas nécessairement dans les médias nationaux, généralement centrés sur Montréal et ses banlieues. C’est sans compter les abonnés papier  de Montréal qui ne consultent pas le média sur sa plateforme numérique.

Mais auront-ils le choix? Ceux-là devront modifier leurs habitudes de consommation médiatique s’ils veulent encore être alimentés en information par La Presse, par exemple.

Mais en devenant un simple « onglet » de l’application centrale, les filiales régionales perdraient leur essence, leur couleur qui en fait, aux yeux de bon nombre de leurs abonnés, « leur » quotidien auquel ils sont fidèles parfois depuis de nombreuses années.

Bien sûr, ces profondes transformations ne s’effectueront pas en claquant des doigts. Une période de transition sera sans doute nécessaire pour tout mettre en place; nous ne devrions donc pas voir le papier disparaître du jour au lendemain, ni à Montréal ni en région.

Mais pour ceux qui, comme moi, prennent plaisir à feuilleter un journal, même si on se retrouve le bout des doigts noircis au terme d’une longue et attentive lecture, cette décision ne s’accueille pas sans un petit pincement au cœur.

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