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Médias en mutation: comment freiner la crise?

J’ai assisté hier (le 27 septembre), à l’Université Concordia, à une conférence organisée par la Fondation pour le journalisme canadien et portant sur l’avenir des médias. Animée par le journaliste de Radio-Canada Gérald Fillion, Une constante mutation: quelles seront les prochaines étapes pour les médias? a permis des échanges très intéressants entre les cinq panélistes invités à se prononcer sur les causes de la crise des médias et sur de potentielles solutions pour freiner celle-ci. Résumé.

Au Canada, depuis 2010, le tiers des médias a disparu, a rappelé d’emblée l’animateur. Le modèle d’affaires actuel de plusieurs médias ne leur permet plus d’être viables, a-t-il aussi indiqué, alors que les revenus publicitaires les désertent au profit d’Internet et des plateformes numériques, les médias sociaux tels que Google et Facebook. Ajoutons à cela une crise de confiance du public envers les institutions démocratiques, médias inclus: la recette est là pour accentuer l’hécatombe.

Or, l’exode des revenus vers Facebook et Google seraient davantage un symptôme de la crise qu’une de ses causes, nuance Colette Brin, professeure titulaire du Département d’information et de communication de l’Université Laval et directrice du Centre d’étude sur les médias. L’information fait face à un double problème, précise-t-elle, un problème de financement et un problème de crédibilité. Le numérique est l’un des marchés où les gens sont les moins disposés à payer pour le contenu qu’ils consomment parce que la gratuité y est étendue. Ces géants du Web sont, de par leur présence incontournable sur la Toile, des partenaires obligés des médias traditionnels, dit-elle.

Vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette abonde en ce sens. Environ 25% des visites des plateformes de Radio-Canada proviennent de Google, et tout autant de Facebook, estime-t-il. « Si on ne nourrit pas la bête, on se priverait de cet achalandage » relève-t-il.

Le nouveau propriétaire du Voir et de l’Actualité, Alexandre Taillefer, qualifie la situation d’alarmante. « Nous sommes des junkies par rapport à Facebook et Google. La seule façon de corriger le tir, c’est par un sevrage », prône-t-il. À ses yeux,  le refus d’Ottawa de taxer Netflix et compagnie envoie un message clair que l’équité n’existe pas.

Selon lui, le déplacement des audiences vers le numérique n’a pas diminué le nombre de consommateurs de l’information. Il souligne toutefois que les relations entre les média et leurs publics ne sont pas toutes égales, c’est pourquoi il faut plutôt monétiser les audiences au lieu de dépendre d’annonceurs.

Guy Crevier, éditeur de La Presse +, croit pour sa part que le problème réside dans le fait que plusieurs médias n’ont tout simplement pas les moyens de financer leur transition vers des plateformes plus performantes et attirantes pour les annonceurs. « Ce qui étonne, c’est que malgré l’apport historique considérable et de qualité des médias à la démocratie, ceux-ci sont encore incapables d’obtenir l’attention du gouvernement pour se financer », a-t-il déploré.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, est d’avis que l’État doit intervenir pour soutenir les médias, essentiels à la démocratie. Il s’agit aussi de la question de la diversité des voix. Tout en dénonçant le « manque d’appétit » de Patrimoine Canada pour régler le problème, il déplore que le gouvernement ait diminué ses investissements publicitaires du trois quarts dans les médias imprimés, pour les tripler ensuite dans le numérique.Il souligne toutefois l’effort du ministre de la Culture du Québec Luc Fortin, qui est le premier à reconnaître l’importance des médias en mettant une (modeste) somme disponible pour certains projets.

D’un autre côté, affirme Colette Brin, on ne peut pas récompenser une industrie qui ne se réinvente pas. L’argent hypothétiquement issu d’une quelconque taxation des géants du Web devrait servir à améliorer la couverture journalistique des communautés mal desservies, une recommandation parmi plusieurs à figurer dans le rapport Le miroir éclaté, auquel elle a collaboré.

Myles ajoute que l’industrie de la publicité a un examen de conscience à faire par rapport au placement des publicités. Certes, la clientèle souhaite aller vers le numérique, mais faut-il pénaliser les entreprises d’ici? À ce sujet, une suggestion du public à l’effet de créer un type de placement publicitaire local – un peu dans la lignée des placements financiers écoresponsables et socioresponsables – a été lancée.

Michel Bissonnette croit que l’union fera la force. Il perçoit le rôle de la société d’État – qui flirte avec la possibilité d’abandonner la publicité – comme étant un partenaire des médias privés, afin d’offrir des contenus complémentaires, mais de grande qualité.

« On a besoin de s’aider entre nous, pour qu’on passe tous à travers », a-t-il lancé en fin d’entretien. Les autres panélistes ont approuvé. Il y aura du pain sur la planche pour les acteurs de l’industrie, qui devront se concerter et se faire, à nouveau, entendre d’une seule voix pour assurer leur avenir.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, ce fut une soirée d’échanges des plus pertinents et bien ancré dans l’actualité – la ministre Joly dépose incessamment sa politique culturelle, qui doivent être déçus d’être écartés.

Un seul bémol: je remarque de plus en plus que lorsqu’on aborde la question de l’avenir des médias, on s’attarde beaucoup au contenant, et un peu moins au contenu. Une information de qualité a été abordée brièvement au cours de la soirée. L’Eldorado du numérique figure parmi les préoccupations les plus importantes des patrons de presse, mais même si une aide est fournie pour financer la transition vers le numérique, encore faut-il que les moyens demeurent pour embaucher ou pour maintenir en poste, à tout le moins, des journalistes.

Un véhicule somptueux, à la fine pointe de la technologie, et attirant pour des annonceurs, ne vaudra rien sans un contenu riche et de qualité. Contenu qui, faut-il le rappeler, demeure notre raison d’être…

Une initiative en éducation aux médias

En introduction à la soirée, Michel Cormier, directeur général de l’information à Radio-Canada et membre du conseil d’administration de la Fondation, a annoncé un partenariat entre celle-ci et l’organisme CIVIX pour la mise sur pied d’un programme d’éducation aux médias: Actufuté.

On profitera de Vote étudiant, pour rencontrer des étudiants dans les établissements post secondaires afin de les outiller pour faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles.

En tout, 1,5 million d’élèves canadiens du primaire à l’université seront rencontrés dans le cadre de ce programme financé à hauteur d’un demi million de dollars par nul autre que… Google.

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L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

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2007-2017 : le grand bouleversement

Avant de se pencher sur le virage de l’information dans dix ans, les Assises du journalisme à Tours* ont jugé bon de faire un bilan sur l’évolution des médias au cours de la dernière décennie.

Cette période en a été une d’expérimentation, estime-t-on plus que tout. Plusieurs innovations ont vu le jour, se sont éteintes, ont survécu. L’échec fait partie de l’expérimentation d’ailleurs.

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement révolutionné la manière de créer, de diffuser, mais surtout de consommer l’information, avec ses avantages et inconvénients.

En revanche, la popularité de certains nouveaux sites d’information, exclusivement en ligne et appelés pure players par l’industrie, ne se dément pas, et est bon signe pour les médias. « On a réussi à casser le sentiment de fatalité à l’endroit des médias, a expliqué Pierre Haski, cofondateur de Rue89, un pionnier du genre. On a prouvé que le journalisme et l’information sont loin d’être morts. »

Aux yeux de Géraldine Mulhmann, professeure et journaliste, l’avènement d’Internet représentait une opportunité sans précédent pour raconter des histoires, ce qui pour elle est le rôle fondamental des journalistes. « Le narratif permet le factuel », a-t-elle souligné.

Le smartphone est la première porte d’entrée vers l’information en France, a-t-on appris. Or, même si le numérique gagne en popularité à une vitesse fulgurante, le papier demeure encore la source de revenus la plus importante pour les médias qui œuvrent sur les deux plateformes, a indiqué Jacques Rosselin, entrepreneur et créateur de Courrier international, qui dirige également l’École de formation en journalisme. Bernard Poulet s’était ainsi trompé en annonçant la mort du journal imprimé.

De plus, malgré les difficultés financières de la presse, les grandes marques (titres) demeurent les sites d’information les plus fréquentés, signe de leur standing et de leur crédibilité auprès du public.

L’apparition des blogues au milieu des années 2000 a aussi permis de renverser le modèle d’affaires des médias. Jusqu’alors un canal de communication à sens unique, ils sont devenus des tribunes permettant un dialogue entre journalistes et lecteurs, permettant des contenus plus riches et représentatifs de chaque couche de la société.

Ce journalisme participatif a également permis, dans certains cas, de renforcer la confiance du public envers les médias.

Dérapages

Or, le tout a fini par déraper parce que les opérateurs de médias sociaux et les entreprises de presse n’ont pas prévu que ces plateformes deviendraient des champs de bataille idéologiques, relève Haski, qui qualifie le Web de « fachosphère ». L’existence des trolls est la défaite idéologique, technique et éditoriale des médias face aux plateformes sociales. Muhlmann parle même d’une « machine d’opinion incontrôlable ».

Agnès Chauveau, directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’Institut national de l’audiovisuel, explique que parmi les transformations profondes provoquées par le Net, la déhiérarchisation de l’information a déstructuré le débat public. Celui-ci est maintenant déterminé par les réseaux sociaux et les algorithmes qui régissent ceux-ci.

Ont également proliféré les fausses nouvelles et informations erronées, poison auquel on croyait que la vérification et la rectification seraient l’antidote.

Les nouvelles technologies ont par ailleurs précipité le traitement de l’information, rendant celle-ci plus à risque d’être erronée et surtout, superficielle. Cette dictature du direct, du réactif et de l’instantané a modifié profondément les conditions d’exercice du métier et change le rapport au réel, indique Muhlmann.

Fondateur du magazine papier trimestriel XXI, Patrick de St-Exupéry croit au slow news et se méfie des nouvelles technologies en raison de leur caractère éphémère. Il qualifie de « ruée vers l’or » l’empressement des entreprises de presse à se précipiter sur chaque nouvelle plateforme sans se questionner si elles parviendront ainsi à rejoindre leur public. « La technologie n’est pas le journalisme, a-t-il dit. Le journalisme, est-ce le papier ou l’écran? Non. Pendant dix ans, nous avons réduit le journalisme aux technologies, aux canaux de communication, tout ça plutôt que de valoriser davantage le contenu. »

Haski abonde dans ce sens. « Il y a la nécessité de mettre le journalisme au cœur de nos pratiques en choisissant l’outil qui nous semble le plus approprié pour le faire », a-t-il affirmé.

Le mythe de la gratuité

Le concept de la gratuité a été vivement vilipendé par les intervenants du panel. « À partir du moment où on entre dans la logique de la gratuité, l’information n’a plus de valeur », a clamé Patrick de St-Exupéry, qui croit que les médias sont arrivés à la fin du cycle de la gratuité, une « idée folle » selon lui.

« L’information a une valeur; elle le fruit d’un travail, de compétences. Elle est destinée à un auditoire, à une clientèle. Ce n’est pas rien », a-t-il martelé.

D’ailleurs, la monétisation des contenus passe de moins en moins par la publicité, ont souligné plusieurs intervenants. Ce serait faire fausse route de croire encore qu’information et publicité sont indissociables pour survivre.

Pour être viables, les médias devront être financés par leurs auditoires, indique Mme Chauveau, ce qui obligera les plateformes à offrir du contenu à valeur ajoutée.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

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Traquer le fake news

Au terme de la présidentielle américaine, et à l’aube de la présidentielle française, la vérification des faits (fact checking) et les fausses nouvelles (fake news) occupent une place importante dans la réflexion sur le rôle des médias.

Dans un atelier intitulé Fake news et post-vérité des Assises du journalisme de Tours*, plusieurs intervenants ont analysé et présenté des solutions à ce fléau que représentent les informations trompeuses en ligne.

Le vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Pierre Ganz, relève une hiérarchie entre les différents contenus fallacieux qu’on retrouve sur la Toile et qui peuvent être trompeurs involontairement ou délibérément : une mauvaise présentation, un faux contexte, des contenus manipulés, une satyre ou une parodie, des contenus trompeurs pour appuyer une opinion personnelle, des contenus imposteurs et imitant des contenus authentiques de même que des contenus entièrement fabriqués.

Ce faisant, soutient-il, les médias d’information doivent assumer un rôle dans le traitement de ces contenus. Leur responsabilité première est de corriger leurs erreurs, qui contribuent à une désinformation, c’est-à-dire que plutôt que de publier un simple correctif, de remplacer totalement le contenu trompeur pour éviter que celui-ci ne se propage.

Les journalistes doivent cesser de se cacher derrière leurs sources. Ce n’est pas en attribuant une fausse information à autrui, par le biais d’une citation, qu’ils se dégagent de leur responsabilité d’exactitude, ajoute Ganz.

C’est également ce que croit Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence de presse Premières Lignes. De plus, ajoute-t-il, les médias doivent persévérer dans leur mission d’informer, ne serait-ce que pour redonner confiance au public qu’une information de qualité existe encore.

Hermann déplore le manque de temps et d’argent consacré au journalisme, alors qu’il y a de plus en plus d’information à traiter et que l’instantanéité de l’information force les médias à accélérer la cadence. Ils sont ainsi beaucoup plus vulnérables et à risque de commettre des erreurs. Le journaliste prône un slow news plus poussé, mieux vérifié, de meilleure qualité.

Mais, rappelle Laurence Benhamou, journaliste en charge de la rubrique médias à l’Agence France-Presse, il faut garder en tête qu’une fois une fausse information lancée sur le Web, il est bien difficile de faire oublier celle-ci puisque plus souvent qu’autrement, la fausse nouvelle est beaucoup plus partagée que sa rectification. Pire encore, si on martèle une fausse information, elle finit par passer pour vraie; une technique que semble utiliser le nouveau président des États-Unis.

Le sociologue Gérald Bronner attribue pour sa part la prolifération des fausses nouvelles à la dérégulation de l’information provoquée par l’arrivée d’Internet, suivie de celle des médias sociaux. Comme chacun peut désormais diffuser de l’information dans l’espace public, les gens peuvent aussi trouver dans certaines fausses nouvelles de quoi confirmer leurs propres opinions; ce faisant, ils n’ont pas tendance à remettre en question le contenu qu’ils ont consulté. « Cela n’a fait que mettre en lumière les mécanismes humains de crédulité qui existaient déjà depuis des siècles », affirme-t-il, faisant allusion entre autres aux nombreuses théories du complot.

Qui plus est, la dérégulation d’Internet a détruit la notion de représentativité des points de vue. Ainsi, les plus motivés à relayer de l’information, aussi radicaux soient-ils, parviendront à imposer leur point de vue même s’ils ne sont qu’une minorité.

En France, un outil appelé Décodex permet d’avertir les Internautes, grâce à un système de couleurs, que le site Web qu’ils s’apprêtent à visiter contient possiblement des informations non vérifiées, voire carrément fausses. L’initiative dérive du blogue des Décodeurs, mis sur pied en 2009 après que ses fondateurs aient commencé à constituer une base de fausses nouvelles observées sur diverses plateformes. Plus de 10 000 recherches sont enregistrées chaque jour dans l’outil, un simple plug-in disponible en open source pour être repris par d’autres organisations..

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

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Quand Goliath décide d’aider David…

On apprenait hier que Tim Cook, grand manitou d’Apple, lançait un appel aux entreprises technologique afin que soient créés des outils visant à lutter contre la désinformation, précisément les fausses nouvelles.

Cook déplorait le phénomène du click-bait, ou piège à clics, qui consiste à attirer le plus grand nombre possible de personnes sur une page sous de faux prétextes, uniquement pour générer du trafic (et dans la plupart des cas, obtenir des revenus publicitaires en raison dudit trafic).

En décembre, le géant Facebook avait aussi annoncé vouloir se lancer dans la lutte à la désinformation. Il permettra désormais aux utilisateurs, si ce n’est déjà fait, de signaler le caractère fallacieux d’un contenu. Cependant, plutôt que d’éliminer celui-ci du fil d’actualités des Internautes, il devrait, toujours en théorie, y accoler une mention du genre « contenu douteux ». Mais rien ne sera fait pour éliminer ce contenu.

Ironique quand on sait que la plateforme est responsable pour la viralité d’innombrables fausses nouvelles, en plus de vampiriser, avec Google, les revenus des médias traditionnels en raison du trafic qu’elle génère.

Google aussi avait fait savoir qu’il s’attaquerait au problème, en empêchant les producteurs de fausses nouvelles de récolter les revenus publicitaires tant convoités.

Il est tout de même très positif de voir les géants du Web tenter de corriger un problème dont ils sont en partie responsables. Mais le fait de bloquer des contenus ou d’avertir les Internautes sur leur caractère invraisemblable est insuffisant.

Contrer la fausse information, c’est aussi contribuer à une information vraie, de qualité. Google et Facebook seraient-ils prêts à réinvestir une partie de leurs profits dans la création de nouvelles sérieuses? Disons, dans un fonds dédié aux médias dans chaque pays où ils « sévissent »…

Sachant que les revenus des médias traditionnels, qui créent au quotidien de la nouvelle de qualité, s’effritent de jour en jour, en partie par leur faute, un coup de pouce serait apprécié. Et pourquoi ne pas mettre de l’avant ces contenus véritables, de la même manière qu’on tente d’étiqueter les fausses nouvelles?

Pour l’instant, il ne s’agit que de vœux pieux de la part des géants du Web. Reste à voir si les bottines vont suivre les babines…

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Quel avenir pour le 4e pouvoir?

Mardi, dans le cadre de la Journée internationale de la liberté de la presse, avait lieu à Québec le colloque « L’information: le 4e pouvoir sous pression », organisé par la Fédération nationale des communications, en collaboration avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, le Conseil de presse du Québec et le Centre d’études sur les médias.

Journalistes, syndicats, patrons de presse, chercheurs, enseignants, étudiants et observateurs du journalisme se sont réunis pour tenter de répondre aux questions suivantes: quelles sont les menaces pour la qualité de l’information dans les médias québécois et quelles seraient les solutions pour se sortir de la crise?

Il ne manquait que des représentants du grand public pour avoir touché à tout. Un son de cloche provenant de l’extérieur aurait pu apporter un petit quelque chose de plus à cette journée déjà fort chargée, mais qui aurait permis de voir la situation d’une toute autre perspective.

Les médias en état de crise

Le financement est le nerf de la guerre, évidemment, alors que les entreprises de presse redoublent d’ingéniosité pour diversifier leurs revenus qui se raréfient. Un « jeu dangereux » qui pourrait nuire à la crédibilité des médias, selon Paule Beaugrand-Champagne, présidente du Conseil de Presse.

« Ce n’est pas juste une question d’entrepreneurs privés. C’est une question sociale et politique  qui concerne tout le public », a-t-elle clamé.

La parole a ensuite été offerte aux chercheurs Pierre Trudel et Judith Dubois. Le premier est venu traiter des transformations de la régulation de l’information, qui est de plus en plus dictée par les technologies et le marché que par les normes sociales et l’État.

La seconde a abordé les différents facteurs d’influence sur la qualité de l’information tels que relevés par une centaine de journalistes. La diminution des ressources humaines, matérielles, financières et temporelles, les conditions de travail de plus en plus précaires et la concentration des médias ont selon les répondants une incidence négative sur la qualité de l’information. « L’expression faire plus avec moins et ce, de plus en plus vite, revient sans cesse », a commenté la professeure. En contrepartie, les innovations technologiques sont perçues comme des outils permettant aux journalistes d’accomplir encore mieux leur travail en plus de pouvoir interagir davantage avec le public.

La qualité de l’information est, selon les journalistes interrogés, déterminée notamment par la qualité de la recherche et de l’écriture de même que la clarté de l’information et le respect de la déontologie journalistique.

Pierre C. Bélanger a ensuite animé les quelque 100 participants avec une présentation sur la « net-amorphose » des médias, qui aurait été prévisible dès l’avènement d’Internet au début des années 1990. Le professeur titulaire s’est aussi fait l’avocat du diable quant à la menace d’extinction des médias traditionnels, rappelant que la mort de la presse, des tablettes, de la radio, des médias sociaux et de Facebook avaient été annoncées sans que cela ne se produise.

Il conseille aux journalistes et patrons de presse de s’inspirer de ce que ceux qui ne fréquentent pas de médias consomment en termes de contenus. « Ce n’est pas vrai que parce que tu fais quelque chose, que ça va trouver preneur », résume-t-il.

Renaud Carbasse, de l’Université Laval, a pour sa part parlé des nouveaux médias qui émergent alors que même les gros joueurs peinent à tirer leur épingle du jeu. « Ces nouveaux acteurs offrent un nouvel angle et cherchent à compléter l’offre médiatique en apportant de nouveaux types de contenus », a-t-il affirmé. Selon lui, les médias émergents prennent davantage de risques malgré leurs moyens plus limités et sont en ce sens un laboratoire intéressant pour de nouvelles avenues médiatiques.

La table était mise pour la suite. Bien que fort intéressante et instructive, cette première demi-journée a surtout servi à dresser des constats de la situation actuelle, que les acteurs du monde des médias connaissent déjà bien. Il aurait été agréable de passer plus vite aux solutions et aux interventions pratiques.

Tir groupé contre les géants

Plusieurs intervenants ont identifié Facebook et Google comme les principales menaces à la pérennité de l’information. Grâce à un algorithme reconnaissant les préférences des Internautes, ces deux géants du Web peuvent proposer à leurs utilisateurs des contenus qui cadrent avec leurs intérêts, et ainsi générer d’importants revenus publicitaires sans pour autant verser de redevances.

Les contenus médiatiques perdent leur valeur marchande, a rappelé Nellie Brière, consultante en stratégie de communications numériques et médias sociaux. Selon elle, il faut apprendre à comprendre ces algorithmes et les déjouer, mais surtout, se montrer plus fermes envers ceux qui les mettent en place en réclamant qu’ils paient leur juste part.

Directeur général de la firme MCE Conseils, Claude Dorion est venu présenter une étude comparative du financement des médias. Plusieurs pays d’Europe investissent en effet dans leurs entreprises médiatiques ou financent l’abonnement de certaines tranches de la population. À titre d’exemple, la Finlande investit 92$ par habitant pour l’information alors que le Canada n’injecte qu’un maigre 3$, en moyenne.

« Ça va prendre des décisions courageuses », a annoncé le conférencier, pour aborder différentes pistes de solutions pour amoindrir ce qu’il appelle « le glissement des revenus entre des producteurs de contenus vers les opérateurs de contenants ». Il propose notamment d’élargir les redevances versées aux télédiffuseurs à toutes les entreprises médiatiques, de taxer les services internet et l’achat de certains équipements électroniques ainsi que de taxer les entreprises qui utilisent les infrastructures médiatiques. Des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, qui pourrait être plus grande pour les médias régionaux et l’intégration des médias d’information dans le Plan culturel numérique du Québec ont aussi été avancés comme alternatives.

Taxer Google et Facebook serait la solution directe et logique, avance M. Dorion, mais il s’agit là de tout un défi politique. « Tôt ou tard, les Netflix, Google et Facebook devront s’impliquer », croit-il cependant.

Pour l’intervention de l’État

Plusieurs invités ont exprimé le souhait que l’État intervienne financièrement auprès des médias. Certains réclament une aide financière directe, d’autres des crédits d’impôt sur les emplois. Mais tous s’entendent pour dire que cette aide ne doit pas mettre en péril l’indépendance journalistique.

Qu’importe si les journaux disparaissent, c’est l’information qui doit survivre, a lancé Claude Gagnon, président directeur général de Groupe Capitales Médias, qui justifie la situation actuelle par le fait que les modèles d’affaires n’évoluent pas au même rythme que la consommation de l’information.

Pour sa part, Éric Trottier de La Presse était le plus tiède à l’idée d’obtenir des subventions. « Si c’est pour maintenir des vieux modèles, c’est une mauvaise idée. Il faudrait que cela nous aide à nous transformer », a-t-il allégué, rejoignant les propos de Sylvia Cerasi de TC Média, qui affirmait quelques minutes plus tôt que des crédits d’impôt pour financer le virage technologique seraient bienvenus.

La présidente de la FPJQ, Lise Millette, a pour sa part soutenu que si aide de l’État il y a, il faut que cette aide soit pluraliste pour ne pas freiner l’innovation des médias, pour éviter de financier les missions de certains médias au détriment de d’autres. Qui plus est, cette aide financière serait-elle perpétuelle? Elle en doute: « les médias doivent parvenir eux-mêmes à diversifier leurs revenus. L’État ne doit pas devenir le deuxième panier dans lequel on met tous nos oeufs. »

Le président de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Simon Van Vliet, a de son côté avancé qu’une aide financière aux médias est réaliste et nécessaire. Comparant un reportage à une oeuvre d’art, parce que l’information fait partie de notre culture, il a proposé d’élargir le modèle de financement culturel existant et d’y intégrer les médias.

Des journalistes mi-humains, mi-robots

L’idéal du journaliste multitâche a été abordé au cours du colloque. Plusieurs représentants syndicaux et des médias ont fait valoir que maintenant, les journalistes doivent savoir travailler sur toutes les plateformes, rapidement.

Du côté des journalistes, cette façon de faire nuit à la qualité de l’information, car le reporter investit un peu de temps sur chaque version plutôt que d’en développer une seule. « Réécrire trois fois la même histoire nous empêche d’arriver à un produit plus approfondi et plus intéressant pour le lecteur », a fait valoir Valérie Lessard, journaliste au Droit.

« Qui embrasse trop mal étreint. Il y aura un moment où la qualité du produit va se ressentir », a renchéri David Savoie, de Radio-Canada, qui prône une certaine spécialisation tant dans la couverture de l’actualité que dans les plateformes à maîtriser.

Les dirigeants de presse, confrontés à la question, ont tenu à se faire rassurants. Ils se disent pleinement conscients que les journalistes sont des humains, pas des robots. « Un journaliste doit être capable de tout faire, mais il ne peut tout faire en même temps », a souligné le directeur du Devoir Brian Myles.

Enfin, la précarisation des emplois a été soulevée. « Il n’y a jamais eu de cadre de négociation collective qui garantit des conditions aux pigistes, qui voient celles-ci se détériorer », a déploré M. Van Vliet.

Le fait que les jeunes journalistes soient toujours les premiers à faire les frais des compressions a aussi été noté. Et pourtant, la relève est un vent d’air frais qui doit faire sa place dans l’industrie. « Le statut de précaire n’est pas bon pour l’entreprise, parce que quand un journaliste surnuméraire quitte, l’expérience qu’il a acquise quitte aussi et n’est pas remplacée par le journaliste débutant qui finira par venir faire ses armes », a illustré M. Savoie.

Pour en savoir plus:

Aide étatique souhaitée pour les médias traditionnels

L’État doit-il soutenir les médias d’information?

Vidéo récapitulative du colloque

 

 

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Congrès techno

Une fois de plus, les journalistes se sont donnés rendez-vous à Québec pour discuter de différents enjeux en lien avec leur métier.

Cette année, le congrès avait pour terme « Le numérique, et après? », mettant la table à une réflexion sur l’impact des nouvelles technologies et l’arrivée de nouvelles plateformes sur le travail des journalistes. Plus facile ou plus complexe, être journaliste à l’ère numérique? Une question qui n’a pas de réponse tranchée et à laquelle les nuances sont nombreuses.

On s’est aussi intéressé à ce qui s’est passé de l’autre côté de l’écran, c’est-à-dire aux fameux « trolls », ces Internautes qui se plaisent à provoquer et à tourmenter les journalistes. Un atelier et un panel étaient consacrés à ce que plusieurs considèrent comme un fléau de l’ère numérique.

En outre, un atelier sur la programmation de « robots reporters » a été offert par le tout nouveau lauréat de la bourse Arthur-Prévost, Naël Shiab. De nouveaux entrepreneurs en journalisme, qui tentent l’aventure du journalisme sur le web, sont venus témoigner de leur expérience.

Une tribune a aussi été accordée aux jeunes et aux vieux loups, qui ont échangé sur les différences entre leurs pratiques face à la technologie, qui affecte aussi la manière de traiter de la culture.

Qui dit Internet dit aussi canulars. Autre plaie du Web, les fausses nouvelles pullulent depuis que des sites satyriques ou parodiques ont envahi la Toile. Comment démasquer l’imposture? Comment ne pas se faire prendre? Quelques trucs et astuces ont été abordés pour permettre aux journalistes de lutter contre la désinformation.

On a aussi invité les patrons de deux groupes de presse régionaux, Martin Cauchon de Groupe Capitales Médias, et Claude Poulin de Néomédia, à nous entretenir du virage numérique et web de leurs entreprises, en plus de nous parler de leur vision de l’avenir de la presse régionale. TC Média n’est pas en reste, puisqu’une application mobile pour les hebdomadaires régionaux sera lancée mercredi.

Un panel sur le journalisme vidéo, un second sur Facebook et un autre sur la résistance de la couverture judiciaire aux changements technologiques ont aussi été tenus au Château Frontenac, samedi.

L’invité d’honneur de ce congrès était Greg Barber, directeur des projets numériques au Washington Post.

Notons également une discussion sur l’état de la liberté de presse québécoise, dans la foulée du dépôt futur d’un rapport sur le sujet, d’un panel sur le chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau et l’indépendance journalistique, un retour sur la couverture des élections fédérales, un tour d’horizon de la publicité native et un très houleux débat sur les radios parlées de Québec ont aussi figuré au programme, qui a donné du fil à retordre aux congressistes qui avaient l’embarras du choix.

Le tout s’est conclu par l’assemblée générale annuelle de notre fédération, au cours de laquelle on a dévoilé les résultats des élections au conseil d’administration.

Si je me réjouis que mon amie et consœur de la section Montérégie Lise Millette a obtenu un mandat de deux ans à la présidence, je salue également son colistier Jean-Philippe Cipriani. Je félicite également mes collègues élus ou réélus sur le conseil d’administration de même que les nombreux candidats ayant sollicité un mandat. Pour une organisation qui œuvre à défendre la liberté de presse, qui rappelons-le est un des remparts de la démocratie, une course à la présidence et de nombreuses candidatures ont permis de faire ressortir un débat d’idées et de démontrer à quel point la FPJQ est saine et débordante de vitalité.

En terminant, je tiens à utiliser cette tribune pour remercier mes collègues, consœurs et confrères de leur confiance, eux qui m’ont élue membre du conseil d’administration de la FPJQ à titre d’administratrice- Régions. Je compte apporter au volet national les préoccupations des sections régionales, tout en mettant en place une plus grande concertation entre elles et en poursuivant à dénoncer les entraves à la liberté de presse hors des grands centres.

Un résumé de certains ateliers auxquels j’ai assisté sera publié sur ce blogue au cours des prochains jours.

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GCM: les régions « tablettées »

Depuis mercredi, les quotidiens de Groupe Capitales Médias ont leur propre application mobile. Une excellente nouvelle pour les travailleurs de La Voix de l’Est, de La Tribune, du Nouvelliste, du Soleil, du Quotidien et du Droit, qui du temps où ils étaient dans le giron de Gesca, attendaient impatiemment d’être intégrés au projet La Presse +, un jour qui n’arrivait jamais…

Le projet est pour nous tous une grande fierté et signe d’un avenir prometteur. Et à notre plus grand bonheur, les applications de chaque quotidien connaissent déjà un bon succès dans leur milieu respectif. À titre d’exemple, celle du Soleil s’est hissée au sommet des applications les plus téléchargées sur l’App Store; celles du Nouvelliste et de La Tribune ont complété le top 3 le jour du lancement. D’ailleurs, GCM a annoncé ce matin que plus de 50 000 téléchargements de l’une ou l’autre des applications du groupe avaient été faites dans les 50 heures suivant leur lancement.

Et jusqu’à présent, la réponse du public semble fort positive, si on se fie aux divers commentaires reçus de part et d’autre.

Évidemment, on compare ces applications à La Presse +, étant donné les liens qui ont autrefois uni tous ces quotidiens. Outre le fait que La Presse + n’est disponible que sur tablette alors que L’incontourn’app est disponible sur tablette et mobile, une grande distinction sépare les deux gadgets.

Contrairement à Gesca, qui abandonnera entièrement l’édition papier de La Presse le 1er janvier, les quotidiens GCM font de leur côté le pari du multiplateforme. Voici une explication de Martin Cauchon au quotidien Le Devoir:

« Le papier demeure et va demeurer, dit au Devoir Martin Cauchon, propriétaire du nouvel empire de presse hors métropole. On l’utilise comme fer de lance pour se projeter sur d’autres plateformes sur lesquelles nous allons greffer une stratégie de médias sociaux pour ramener les lecteurs, les intéresser à nos contenus. Je ne vois pas l’univers du numérique comme menaçant. Au contraire. Je vois ça comme une occasion de développement pour nous. »

C’est que, plutôt que de se concentrer sur une clientèle bien précise, — les 25 – 54 ans—  comme le fera La Presse, GCM compte plutôt élargir son lectorat en maintenant le papier en parallèle. Ce faisant, les deux entreprises, dont le divorce se consomme graduellement depuis mars, optent pour des stratégies en apparence aux antipodes l’une de l’autre.

Mais au-delà de tout cela, l’arrivée de ces applications est présage d’un réel avenir pour les quotidiens régionaux et ses artisans, dont le futur était incertain avant l’arrivée d’un nouveau propriétaire.

Et cela ne peut être que profitable à l’information régionale.

Minute autopromo: si vous n’avez pas vu l’application, je vous invite à la télécharger ici.

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Drames: a-t-on besoin de tout savoir?

Terrible, mais quel terrible drame que celui d’hier matin. Un ex-journaliste en colère s’est vengé en tuant deux anciens collègues qui tournaient un direct. Un pur règlement de compte qui n’a rien à voir avec une atteinte à la liberté de presse.

Depuis la tragédie, les médias de partout dans le monde essaient de grappiller le plus d’information possible pour dresser un compte rendu fidèle de la situation. Mais aussi pour être perçu comme LA référence sur le sujet.

Cela a commencé par la diffusion, totale ou partielle du vidéo de la fusillade, où on ne voit pas les journalistes mourir en tant que tel. On a ensuite pu voir, en cherchant un tout petit peu, les vidéos filmées par le tireur lui-même alors qu’il enlevait la vie de deux ex-collègues qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment.

Des médias et des journalistes ont ensuite suivi en direct la chasse à l’homme. Qui est-il d’ailleurs? Dans les heures qui ont suivi la tragédie, on pouvait déjà trouver des portraits très détaillés du tireur, qui retraçaient son histoire depuis l’adolescence, en passant par son parcours professionnel et ses nombreuses prises de bec avec des collègues.

Certains quotidiens en ont même utilisé une capture d’écran, au moment où il fait feu, pour illustrer leur première page. Des tabloïds et des chaînes télévisées ont fait jouer les vidéos en boucle; d’autres les ont censurées ou ont refusé de présenter les images à leur public.

Bientôt, tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin le tueur ou les victimes auront droit à leur place sous les projecteurs.

La couverture médiatique de cette situation, comme à chaque fois qu’un drame du genre se produit, soulève quelques questions. Jusqu’où peut-on aller pour décrire la tragédie et la mettre en contexte sans tomber inutilement dans le voyeurisme et le sensationnalisme? Est-ce parce qu’une nouvelle similaire avait été traitée ainsi dans le passé justifie de faire la même chose à nouveau?

Je m’étais posé la question en 2013, plus particulièrement sur l’utilisation de photos susceptibles de choquer. À l’époque, j’estimais que de pouvoir illustrer un drame a beaucoup plus d’impact parce que cela frappe l’imaginaire.

Mais qu’en est-il du contenu, des détails servis à outrance afin d’être le média offrant le tour d’horizon le plus complet, au terme d’une course contre la montre où tout va de plus en plus vite avec les médias sociaux?

C’est un travers du journalisme: on est tellement habitués d’expliquer qui fait quoi, quand, où et comment, qu’on l’applique à toute situation, sans considération. Dans le cas d’aujourd’hui, ou dans d’autres, similaires, est-ce essentiel?

Demandons-nous ce qu’il était nécessaire de dire ou de montrer. Certes, un suivi du déroulement de l’événement s’imposait. Il fallait dire était l’auteur de ce crime et ce qu’il lui était arrivé. On pouvait dire qu’il s’était filmé, mais fallait-il  montrer les images, comme certains l’ont fait?

Parce qu’en en disant/montrant trop, on sombre dans le sensationnalisme, mais en n’en révélant pas assez, on ne respecte pas notre rôle de journaliste qui est d’être témoin et de dénoncer ces horreurs.

La clé réside peut-être dans le dosage, qui constitue un simple rappel de notre mission: éclairer, faire comprendre. Quels éléments permettent-ils de bien communiquer la nouvelle au public, et quels éléments deviennent alors superflus? Pense-t-on pouvoir expliquer l’inexplicable, rationaliser l’irrationnel, en étalant le moindre détail de cette sordide histoire? Ou n’est-ce pas plutôt pour satisfaire une curiosité morbide?

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Mariage forcé

Ce matin, dans Le Devoir, Stéphane Baillargeon réfléchit sur les liens entre publicité et contenu. Des liens qui évoluent et qui modifient la manière des médias de se financer. Il fait écho à un reportage du magazine Le Trente, tout frais sorti des presses, dans lequel Suzanne Dansereau signe un dossier sur les nouvelles stratégies de publicité.

« Pour compenser, pour arrêter la saignée, les vieux médias multiplient donc les compromis, pour ne pas dire les compromissions. La pub rend faible », écrit Baillargeon.

Retour à la source. Dans son dossier, Mme Dansereau parle de sa propre expérience face à la « publicité native », quand ce sont les contenus, et non les médias, qui sont commandités. Au Québec, on le voit depuis un moment dans plusieurs grands médias; aujourd’hui, c’est CNN qui emboîte le pas, non sans faire lever quelques sourcils. Rogers veut même faciliter les relations entre rédacteurs en chef et annonceurs.

Qui a les moyens de se payer une publicité a désormais les moyens de faire parler de lui dans un média. Et, bien qu’un angle de reportage ne soit généralement pas imposé, il serait délicat d’écrire contre « la main qui nous nourrit ».

Comme le souligne le professeur Marc-François Bernier dans le papier de Dansereau, le phénomène peut être inquiétant. Le chercheur estime qu’on détourne ainsi le droit du public à l’information au service de la publicité.

Certes, pour se défendre, certains annonceurs affirment ne pas exiger un angle précis dans le traitement du reportage ou un droit de regard.

Or, en liant leur investissement publicitaire à la réalisation d’un contenu à thématique donnée, on outrepasse ce mur soi-disant hermétique entre la rédaction et la publicité du média, c’est indubitable.

Et si, comme le laisse entendre dans un autre texte du Trente, la chroniqueuse médias Marie-Claude Ducas, la publicité native pourrait permettre la diffusion de contenus trop coûteux à produire par la seule salle de presse d’un média.

J’aimerais bien qu’on m’en donne des exemples. Pour l’instant, la publicité native ne semble servir qu’à mettre à l’agenda des sujets qui n’auraient pas été abordés. Ou qui auraient été abordés différemment.

En outre, on pourrait voir dans la pratique le salut financier des entreprises de presse, en cette période trouble où les modèles traditionnels doivent être revus. Idem pour les publicités: à voir des statistiques avancées par The Economistles usagers de plateformes numériques ont de plus en plus recours à des bloqueurs de publicité, ce qui rendent les investissements en publicité traditionnelle de moins en moins efficaces. 

Mme Ducas affirme en effet que ce serait nier la réalité que de condamner cette pratique. Elle utilise le terme « angle mort » pour parler du fait que durant des années, les journalistes ont oublié, semble-t-il, le fait que leurs médias sont des entreprises qui doivent avant tout être rentables.

Mais doit-on rappeler une fois de plus que la nouvelle n’est pas un produit comme un autre, et qu’elle ne se vend pas comme une boîte de pois?

La rentabilité justifie-t-elle une entorse à la droiture que s’imposent beaucoup de journalistes en ne voulant pas mêler contenu et publicité?

La pratique est loin de faire l’unanimité. Il y a un réel malaise à amalgamer deux types de contenus. Je fais partie de ceux, peut-être trop puristes, qui y voient une manière indirecte de berner les auditoires en capitalisant la crédibilité des véritables contenus journalistiques.

La publicité par contenu commandité peut avoir ses avantages et être salutaire pour les médias, mais à la seule condition que ceux-ci ne sacrifient pas leur essence et leur crédibilité au nom du pécule.