L’arme Internet

Comme l’affaire Guy Turcotte, le verdict de non-culpabilité rendu par la cour martiale sur le cas de l’adjudant André Gagnon, accusé, puis blanchi d’avoir agressé sexuellement sa subordonnée de l’époque, Stéphanie Raymond, fait couler beaucoup d’encre.

Quelques réactions ici, ici,  ici et ici. C’est sans compter tout ce qui s’est dit sur le sujet sur les médias sociaux une fois que le jury a tranché.

Oublions un instant le  jugement, mais aussi ce qu’on en pense et ce qu’on peut en dire. Nous assistons ici à une énième démonstration du poids du Web dans la formation de l’opinion publique.

Le tout me rappelle un article que j’ai signé cet été dans le magazine Vérité, Justice et politique et dans lequel l’avocat Vincent Bergeron compare les médias sociaux à ce que furent les parvis d’église il y a longtemps, un espèce de tribunal populaire où tous peuvent s’exclamer. C’est un fait que grâce aux réseaux sociaux, n’importe qui peut s’exprimer sur n’importe quoi, n’importe quand, comme si la plateforme était un immense porte-voix.

Comme dans les cas soulevés ci-dessous, un jugement controversé suscite souvent un tollé, qui s’exprime sur les médias sociaux. Même si le public n’est pas au fait de tous les éléments et subtilités ayant mené au verdict rendu, parce qu’ils n’ont pas assisté à l’audience, cela ne l’empêche pas de s’indigner quand un accusé est acquitté ou qu’il a eu une sentence trop clémente à son avis.

C’est aussi arrivé lors de situations où il n’y a pas eu procès. Pensons aux célèbres accommodements raisonnables, au YMCA et à la cabane à sucre, en passant par Hérouxville. Un bref résumé d’une histoire extrêmement complexe a suffi pour que des milliers d’internautes se forgent une opinion sans nuances et irréversible sur le sujet.

Il est même arrivé que ce tribunal populaire virtuel ait renversé des jugements basés sur les règles de droit et des preuves bien établies, comme le cas Oasis, probablement le plus connu, au point d’avoir marqué un précédent. Maintenant, expliquait Me Bergeron, les entreprises y pensent à deux fois avant d’entreprendre des recours judiciaires contre un tiers en raison des conséquences économiques et sociales que cela pourrait avoir sur la réputation de l’entreprise (backlash, en anglais).

Voilà l’illustration de ce que peut provoquer « l’arme Internet ».

Certes, les réactions sur les médias sociaux ne feront pas en sorte qu’un nouveau procès sera tenu pour l’adjudant Gagnon, pas plus que Facebook, Twitter et compagnie ne sont à l’origine de celui que subira à nouveau Guy Turcotte, l’an prochain. Les juges ne fondent leurs décisions que sur des points de droit et doivent demeurer imperméables à ce qui circule sur les médias, traditionnels, en ligne ou sociaux.

Or, comme l’expliquait encore Me Bergeron, comme il est facile de critiquer la justice, celle-ci est ébranlée auprès du public qu’elle est sensée représenter. Bien sûr, il en faudra beaucoup plus pour ébranler une institution de cette importance et de cette envergure, mais quelles conséquences cette perte de crédibilité aura-t-elle, à long terme, sur notre société?

Cela démontre, une fois de plus, qu’il ne faut jamais sous-estimer le poids (et le pouvoir) des médias.

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