Un monde sans médias

Depuis quelques mois, j’ai l’impression que les billets se suivent et se ressemblent sur ce blogue. Pour moi, impossible de laisser passer sous silence la saignée qui s’effectue actuellement dans le paysage médiatique québécois.

Hier, on apprenait qu’une vingtaine d’hebdomadaires de TC Médias disparaissaient, conséquence de leur remise en vente à la demande du Bureau de la concurrence. 80 emplois sont perdus. Encore aujourd’hui, on laissait entendre que d’autres compressions seraient imminentes au Devoir. J’ai vu, sur les médias sociaux, quelques collaborateurs du quotidien indépendants se prêter à une campagne incitant le public à s’abonner.

Malheureusement, je ne crois pas qu’un nombre massif et soudain d’abonnements sauveront les postes en jeu.

Certes, des médias, il en restera encore au terme de cette série de compressions qui touche à peu près tous les groupes médiatiques et qui sont le reflet de la transition vers une information presque totalement numérique.

Il est aussi compréhensible, pour une entreprise de presse qui recherche la rentabilité, de vouloir couper ici et là pour diminuer ses pertes, alors que l’industrie traverse cette période de profondes transformations. Les temps changent, les technologies aussi: aux médias de s’adapter, comme tout le monde.

Or, dans un précédent billet, j’ai soulevé, et je ne suis pas la seule, le fait que la disparition des emplois en journalisme et en information s’effectue souvent dans la plus grande des indifférences de la part du grand public, cela parce qu’il ne voit pas l’impact concret que cela peut avoir. On continue de lui présenter un bulletin de nouvelles, on continue de publier un journal. L’information est encore là, mais le poids de la créer repose sur de moins en moins d’épaules. « Créer Plus », avec moins, pour reprendre une blague à l’interne, à La Voix de l’Est.

Et cette indifférence est ce qui met en péril la qualité de l’information locale, à moyen et à long terme, car elle ouvre la porte à d’autres coupures. Si celles-ci ne suscitent pas de réactions, aussi bien continuer…

Cette indifférence est le symptôme d’une réalité: on prend l’information pour acquis et, dans certains cas, on ne lui attribue pas sa valeur véritable, c’est pourquoi les investissements y sont de plus en plus rares, que ce soit du côté des entreprises de presse ou des lecteurs, qui ne veulent plus payer pour la nouvelle.

Outre nous-mêmes, « prolétaires de l’information », pour reprendre l’expression de mon collègue Michel Laliberté, qui donc réalise tout le temps, l’effort, l’énergie et la recherche qui sont investis dans certains reportages? Cela ne s’effectue pas toujours en criant ciseaux ou en claquant des doigts. Et pourtant, une fois la nouvelle consommée, elle sombre dans l’oubli et laisse sa place à une autre, plus fraîche. Telle est l’ingratitude du journalisme, de savoir le fruit de son travail devenir éphémère après une semaine, une journée, voire une heure à peine.

Pour de jeunes journalistes de la relève, ou pour ceux qui souhaitent un jour exercer ce noble métier, il n’y a rien de bien encourageant à regarder vers l’avenir, même si à quelque part, nous rêvons tous de servir et de contribuer à un monde un peu meilleur.

Pourtant, il semble évident que les besoins en information sont plus criants que jamais. Il suffit de penser à la Commission Charbonneau: sans l’apport des médias, l’ampleur de la situation n’aurait peut-être jamais été mesurée, et cela n’aurait peut-être pas donné naissance à la commission d’enquête telle qu’on la connaît. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Sans médias, une société est moins politisée, car ceux-ci sont souvent une première porte d’entrée vers une meilleure connaissance des débats populaires en cours. Faute de temps, c’est compréhensible, une grande partie de la population se contente de consulter des reportages réalisés par des journalistes, qui leur servent un condensé de l’actualité politique en résumant les grandes lignes de l’action de nos élus. Les médias jouent donc un rôle primordial dans la reddition de compte des politiciens, ce qui leur vaut depuis longtemps le titre de « chien de garde de la démocratie ». En contrepartie, les médias aident aussi la population à connaître les enjeux de la société dans laquelle elle évolue, et lui permet de faire des choix plus éclairés, collectivement parlant.

Ce serait aussi un monde où les abus seraient plus fréquents, car les médias servent aussi à dénoncer des situations inacceptables et à sensibiliser le public à certaines problématiques afin que de telles situations ne se reproduisent plus. On peut parler de fraude, de pauvreté, de génocide même, peu importe: le fait est qu’en rapportant les faits, on cherche à éveiller et à influencer la conscience collective.

On saurait aussi beaucoup moins ce qui se passe dans notre collectivité. Qu’en serait-il des événements, des initiatives citoyennes ou communautaires, qui peinent à avoir de la visibilité et qui n’ont pas nécessairement les moyens de se publiciser? Comment serait-on mis au courant des avancées scientifiques, par exemple? Des problèmes environnementaux et des solutions qu’on peut y apporter?

Les exemples sont nombreux pour démontrer la nécessité d’avoir des médias forts, actifs, en santé et avec suffisamment de ressources pour opérer librement.

On me reprochera peut-être de prêcher pour ma paroisse: je demeure convaincue qu’en coupant dans l’information et en en minant la qualité, on ne se rend pas service, à nous-mêmes.

J’espère tout simplement qu’il ne sera pas trop tard quand nous le réaliserons.

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