La FPJQ a récemment pris position à propos du propriétaire d’un hebdomadaire de Saint-Jean-sur-Richelieu qui se présente comme candidat aux élections municipales. Le résumé sur Le Devoir (contenu réservé aux membres).

Pour ceux qui ne sont pas abonnés au quotidien montréalais, rappelons que l’homme d’affaires Khaled Kalille, qui possède Le Courrier du Haut-Richelieu, brigue la mairie de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Afin d’éviter toute apparence de conflit d’intérêts, l’individu aurait demandé aux journalistes de ne pas couvrir la campagne électorale, peut-on lire dans la dépêche du Devoir. On apprend aussi qu’outre un papier explicatif sur les motivations politiques du candidat, signé de la plume d’un journaliste le 9 octobre, aucun texte sur les élections ne sera publié d’ici le jour du vote. Un lien en fin d’article menant vers le site de la campagne électorale du candidat a depuis été retiré.

Dans sa plus récente édition, datée d’aujourd’hui, une publicité en première page où l’on peut lire: Votez Khaled. Une dépense légale qui doit être comptabilisée par son équipe électorale.

La situation a cependant de quoi inquiéter parce que ledit candidat possède le média. Il est donc libre de traiter de ce qu’il veut, puisqu’il a sa propre tribune, un avantage que ses adversaires n’ont pas.

Légalement, rien n’empêche un média de ne pas donner de visibilité à un ou plusieurs candidats, mais d’un point de vue médiatique et journalistique, cela est un problème éthique majeur. Plus encore, pour un journaliste, comment traiter objectivement et surtout, de façon impartiale, d’une campagne électorale, quand un candidat est celui qui signe son chèque de paie?

Évidemment, puisqu’il ne signe pas de textes dans sa publication, la neutralité journalistique du propriétaire n’est pas mise en jeu; il ne couvre pas l’actualité. Mais parce qu’il possède un média et donc, qu’il le représente, M. Kalille ne peut allier cette fonction à celle de politicien. La meilleure chose à faire, dans les circonstances, aurait été de s’éloigner de son média le temps de la campagne et de permettre à ses journalistes de couvrir l’élection comme il se doit. Ou de ne pas se présenter du tout.

S’il demande à ses journalistes de ne pas couvrir la campagne, que leur demande-t-il d’autre? Cette ingérence dans le contenu rédactionnel en temps de campagne, quand on sait que l’homme se présente comme candidat, est inacceptable. La salle de rédaction d’un média DOIT être hermétique à toute influence extérieure, c’est ce qui en garantit la survie.

De plus, si l’homme est élu, que penser de sa manière d’éviter d’éventuels conflits d’intérêts? Délaissera-t-il le média pour de bon, comme il le devrait, ou demandera-t-il aux journalistes de ne plus traiter de certains enjeux susceptibles de lui faire ombrage?

Les plus grands perdants de la situation sont sans aucun doute les électeurs de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui sont privés (par ce média) d’une couverture juste, exhaustive et surtout impartiale de la campagne électorale. Heureusement, d’autres médias pourront s’en charger.

Une réponse à « Démocratie et journalisme: le mur de l’impartialité »

  1. Avatar de Quand le patron tire son coin de la couverture… électorale! | Marie-Ève Martel

    […] en fâcheuse position. Ce n’est pas sans rappeler, à plus petite échelle évidemment, la candidature du propriétaire d’un hebdomadaire de Saint-Jean-sur-Richelieu à la mairie. Sera-t-il possible pour les journalistes de Québécor de poursuivre la couverture […]

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Je suis Marie-Ève Martel — journaliste, autrice, professeure et entrepreneure passionnée par tout ce qui touche l’information et son rôle démocratique.

Depuis plus de 15 ans, je raconte, j’enquête et j’analyse le monde à travers divers médias. J’ai publié plusieurs essais engagés, je forme la relève universitaire et les professionnels des médias. Je prends régulièrement la parole pour défendre une information rigoureuse, accessible et éthique.

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