Réinventons la presse régionale : un résumé

Hier s’est tenu le tout premier forum « Réinventons la presse régionale », organisé par la section Estrie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, appuyée par la section Montérégie. Le tout a eu lieu chez OMG Burger, à Sherbrooke, en après-midi, en compagnie de représentants des milieux politique, communautaire et sportif, de même que des patrons de presse des différents médias de la région.

Les panélistes ont d’abord été invités à indiquer quel est, selon eux, le rôle et l’importance des médias régionaux.

L’ancien député fédéral et ancien préfêt de la MRC du Granit, Maurice Bernier, a été le premier à se jeter à l’eau. S’il reconnaît avoir parfois été « victime des médias », l’homme politique a néanmoins reconnu le rôle primordial que jouent les médias locaux, dont il a souligné la diversité et qui à sont avis desservent bien la région.

Néanmoins, selon M. Bernier, il importe de maintenir cette présence régionale. La tragédie de Lac-Mégantic en fut un bon exemple, en comparant ce qu’il considère comme la surmédiatisation de l’événement à la crainte que la région sombre dans l’oubli dans les mois qui suivent.

« Si nos médias ne sont pas là, c’est sûr qu’on ne parlera pas de nous et que nos revendications tombent à l’eau », note-t-il.

De son côté, Mélanie Mercier, qui représentait le milieu communautaire, attribue le rôle des médias locaux à un service public pour les communautés qu’ils desservent. Ainsi, ils doivent représenter les différentes réalités qui prévalent, sans tomber dans l’information-divertissement.

Plus encore, les médias devraient demeurer généralistes et accessibles à un plus grand public possible. « Vous êtes les chiens de garde de notre intelligence collective et le dernier rempart pour rejoindre le grand public », affirme-t-elle, en faisant référence à a pluralité des plateformes et des médias sociaux.

Loin d’être les porte-parole des institutions, les journalistes doivent au contraire bousculer davantage celles-ci, conclut-elle. « Je m’attends à un traitement le plus honnête possible de la nouvelle. »

Enfin, il est ressorti que sans accès aux médias régionaux, il est quasi-impossible de savoir ce qui se passe en dehors des grands centres.

Confusion des genres

De son côté, Émilie Roy, représentante d’Excellence sportive Sherbrooke, a pour sa part lancé le premier débat de la journée en affirmant que les médias devaient agir comme « partenaires » en partageant des contenus qui donneraient la visibilité espérée à l’organisation et à ses acteurs.

De plus, selon elle, les médias régionaux devraient toujours privilégier les athlètes locaux plutôt que de rapporter les exploits des athlètes plus connus, mais originaires de l’extérieur de la région.

Il est ressorti des échanges qui ont suivi qu’il persiste une méconnaissance profonde du travail des journalistes, tant de la part du public que de ceux qui collaborent avec eux.

Le directeur des sports du quotidien La Tribune, Sébastien Lajoie, n’a pas tardé à répliquer qu’il existe une distinction bien claire entre l’information et la promotion, qui ont des visées bien différentes. « En tant que média, mon boss, ce sont mes lecteurs, a-t-il affirmé. Je dois répondre aux questions qu’ils se posent. »

Mon collègue de Point sud, Pierre Turbis, a renchéri en affirmant qu’on croit souvent à tort que les journalistes existent pour donner de la publicité gratuite. « Mais personne ne peut promettre une couverture journalistique à quiconque », a-t-il ajouté.

Présente au nom de l’UPA Estrie, Valérie Martin préfère parler de « réseautage » que de partenariat. Selon elle, les journalistes locaux ont la chance de pouvoir développer et entretenir, à long terme, une relation avec leurs sources. De ce fait, il leur sera possible d’obtenir davantage d’informations et d’avoir le réflexe de se tourner vers elles au moment opportun. Une relation de confiance peut alors s’établir, au bénéfice des deux parties.

Quel avenir pour l’information régionale?

Qui dit avenir des médias régionaux parle nécessairement d’économie.

La présidente-éditrice des quotidiens La Tribune et La Voix de l’Est, Louise Boisvert, estime que l’avenir des médias locaux passe par la publicité. « Si on n’arrive pas à convaincre les annonceurs d’en acheter, il n’y aura plus de médias, tout simplement », dit-elle.

À ses yeux, le fonctionnement d’un média est aussi simple qu’un système à deux pédales, les revenus et les dépenses. « Moins de revenus signifie que je doive couper pour équilibrer le tout », explique-t-elle.

Michel Gagnon, de TVA Sherbrooke, a fait valoir l’importance de la diversité de la presse régionale, affirmant que les différents médias sont complémentaires et non en compétition. Pour lui, la survie de sa station passe par le fait qu’il est capable d’alimenter le réseau national en contenus suffisamment intéressants pour celui-ci. En contrepartie, cela signifie l’abandon de certains sujets plus locaux, mais Montréal est interdit de séjour sur son territoire. « Ce sont mes gens qui font les reportages », a-t-il insisté.

Les deux patrons ont relevé le désintérêt des plus jeunes générations envers les médias traditionnels, et leur consommation importante des médias sociaux qui leur permet parfois difficilement de distinguer le vrai du faux.

Changements

Les intervenants ont par ailleurs reconnu les changements survenus au sein des différents médias au cours des dernières années, et comprennent que ces changements forcent les journalistes à faire des choix dans la couverture locale.

Catherine Maufette, de Cogeco nouvelles, rappelle que la situation est plus difficile en région, mais que les publics qui s’y trouvent ont besoin d’un média local auquel s’identifier.

Pierre Turbis a pour sa part noté que les changements qu’on observe au sein des entreprises de presse concernent d’abord le contenant et non le contenu, ce à quoi les autres ont opiné.

Espoir

Malgré ces constats qui semblaient pessimistes, les intervenants semblent tous optimistes pour le futur des médias régionaux.

« Si on n’arrête pas de passer le message qu’on est en train de disparaître, les gens vont finir par le croire », a lancé M. Gagnon, avant de réitérer que s’il ne croyait pas en l’information, il serait ailleurs.

Une déclaration qui a semblé faire l’unanimité dans la salle.

Cette demi-journée d’échanges fut des plus constructifs. Outre les prérogatives économiques et l’intérêt du public, qui ne dépendent pas toujours de notre travail, il n’en demeure pas moins que tous les artisans de l’information en région ont leur métier à cœur et croient profondément au bien fondé de la mission qu’ils se sont donnée.

Ça augure bien pour la suite des choses.

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